Alors que les informations les plus alarmistes sur la gravité de la grippe
A, informations ayant pour source la cellule de communication du ministère de la Santé, les patients ne cessent de me demander à longueur de journée : "Alors docteur, faut-il que je ma
fasse vacciner ou pas, qu'en pensez-vous ?".
C'est une question bien difficile à laquelle j'aimerais tenter une réponse, avec un préambule extrêmement important : aucune réponse objective ne peut être apportée à cette question par quiconque.
Pourquoi ? Tout simplement parce que nous manquons totalement d'arguments objectifs (c'est-à-dire scientifiquement validés et en l'absence de tout conflit d'intérêt, que ce soit vis à vis de nos
dirigeants ou des firmes pharmaceutiques qui produisent les
vaccins), à la fois sur la grippe A et sur ses différents vaccins.
La grippe A est trop récente, et ses vaccins fabriqués en toute hâte et sans essais thérapeutiques solides au préalable, font que toute affirmation péremptoire sur l'un ou l'autre de ces
sujets ne peut qu'être qualifiée de mensonge ou de manipulation. Il est vrai que le gouvernement utilise, pour la gestion de cette crise, une technique largement éprouvée par les cabinets de
marketing : le "fear marketing" ou marketing de la peur. Le but : faire vibrer la corde sensible de la population, en brandissant une menace meurtrière.
DE NOUVEAUX VACCINS PEU TESTES
Concernant les vaccins, la revue médicale allemande indépendante Arznei-Telegramm avait envoyé dès le 25 août à son réseau (blitz a-t) un texte qui mettait l’accent sur les
particularités des nouveaux vaccins. Il y est question du Pandemrix, le vaccin de GSK utilisé en Allemagne, mais aussi du vaccin de Novartis Focetria qui contient lui aussi le même
type d'amplificateur d'effet à base de squalène (les fameux adjuvants). Celui-ci, qui se présente comme une émulsion lipidique, est mélangé à d'autres ingrédients dans des potentialisateurs appelés
AS03 pour le Pandemrix et MF59 pour le Focetria. La revue déconseille la vaccination, d’abord parce qu’elle n’a pas vraiment d’utilité en l’état, mais surtout parce que les vaccins que nous
aurons en Europe seront différents de ceux utilisés aux Etats-Unis. En effet, l’agence américaine du médicament a tiré quelques leçons du fisaco de la grippe porcine de 1976 et se montre plus
prudente que l’agence européenne du médicament (EMEA) et les autorités sanitaires européennes.
Celles-ci sont prêtes à faire vacciner des centaines de millions d’Européens avec des vaccins fabriqués selon des technologies non éprouvées, à l’aide d’adjuvants amplificateurs de la réponse
immunitaire dont les risques ne sont pas connus, faute d’essais cliniques d’envergure.
Le directeur d’Arznei-Telegramm, Wolfgang Becker-Brüser, avait déjà
jeté un pavé dans la mare en parlant, dans un entretien accordé le 3 août dernier au très sérieux hebdomadaire Der Spiegel, de cette vaccination massive comme d’une
« expérimentation grandeur nature sur la population ». Il persiste et signe, avec la rédaction entière, par exemple dans un texte appelé « Schweinegrippe : Alles im
Griff ? »
UNE MAUVAISE GESTION DES AUTORITES SANITAIRES
Lorsqu’il y a une menace de pandémie, les autorités ont le devoir de se préparer à faire face aux dangers
éventuels, ce qui inclut la prise en compte des scénarios les plus pessimistes. Elles doivent s’assurer que des vaccins et des médicaments seront disponibles en quantité suffisante, au cas où il
y en aurait besoin. Rien de plus normal, on en convient. Mais le devoir de protéger la population inclut aussi le choix minutieux de vaccins et de médicaments dont l’efficacité est bonne et dont
la tolérance et le profil de sécurité sont les meilleurs possibles. Ce même devoir implique une information raisonnable de la population sur les dangers réels de la pandémie.
Or lorsque le Paul-Ehrlich-Institut (PEI [responsable des vaccins et des bio-médicaments en Allemagne,
NdT]) pronostiquait pour l’automne l’arrivée d’une vague qui allait causer des cas graves et des décès, avec pour principal résultat d’attiser les craintes. Les peurs et la panique résultent
aussi des gros titres alarmistes que l’on voit depuis des semaines partout dans les media.
D’autre part, les hommes politiques et les autorités sanitaires donnent l’impression de contrôler la
situation, dans un pays bien préparé à faire face, notamment grâce aux expériences antérieures avec la grippe aviaire. Ils nous informent des plans d’action mis en place, ils autorisent des
prototypes de vaccins anti-pandémiques ["vaccins maquette"], ils passent commande de vaccins et d’inhibiteurs de la neuraminidase [mode d’action désignant les médicaments antiviraux
Relenza et Tamiflu] pour les stocker en grande quantité.
Le président du PEI explique la stratégie en disant qu’ « il ne serait pas logique de ne pas vacciner
contre H1N1 ».
DES AMPLIFICATEURS D'EFFET PEU CONNUS
Le nouveau vaccin monovalent fragmenté inactivé est cultivé sur des œufs, mais l’antigène analogue à la
grippe porcine remplace celui de la grippe aviaire, et il ne contient que 3,75 microgrammes d’antigène, à la différence des vaccins trivalents contre la grippe saisonnière, qui en contiennent 45
µg, soit 3 x 15 µg. Une telle diminution de la quantité d’antigène est rendue possible par la présence de l’adjuvant AS03, un amplificateur d’effet qui consiste en un mélange de squalène, de
polysorbate et de vitamine E. Un tel adjuvant n’a jamais été utilisé auparavant dans un vaccin commercialisé à large échelle.
Il faut savoir que de tels adjuvants ne renforcent pas seulement l’immunogénicité, mais aussi les
éventuelles réactions immunitaires excessives indésirables. Cela peut se manifester par des réactions locales tels que gonflements et douleurs au site d’injection comme par des effets
systémiques tels que maux de tête, fièvre, frissons... Il n’est pas exclu que ce mélange qui sert d’adjuvant augmente aussi la probabilité et la fréquence d’effets secondaires rares, mais graves
et dangereux, tels que le syndrome de Guillain-Barré ou d'autres pathologies auto-imunes comme la sclérose en plaques.
Les additifs et adjuvants peuvent influencer la sécurité des vaccins de façon complètement imprévisible,
comme on l’a vu par exemple avec le vaccin anti-méningo-enchéphalite à tiques TICOVAC. Ce vaccin, présenté lors de son autorisation comme ayant une tolérance particulièrement bonne, a dû être
retiré du marché en 2001, 14 mois à peine après son lancement, pour cause d’effets secondaires graves et fréquents. La composition du Ticovac ne différait de celle de son prédécesseur que par
deux additifs qui ont été éliminés : l’albumine et un conservateur contenant du mercure.
A ce jour, l’agence américaine du médicament , la Food and Drug Administration, a préféré se passer
d’amplificateurs d’immunité et continuer à miser sur les méthodes de production conventionnelles et éprouvées, y compris dans le cas du vaccin anti-pandémique. La raison ? Les décennies
d’expérience que nous avons avec les vaccins contre la grippe saisonnière, qui sont produits chaque année de la même façon, en changeant simplement les antigènes. C’est ce type de vaccin qui
devrait être le plus utilisé.
Car, contrairement à ces vaccins classiques, l’utilisation massive de vaccins nouveaux contenant des
substances qui renforcent la réponse immunitaire pose des problèmes :
- Notre expérience et nos connaissances des adjuvants amplificateurs de la réponse immunitaire sont très
faibles, et chaque firme pharmaceutique mise sur ses propres mélanges, c’est-à-dire ceux dont elle détient les brevets. Cependant, l’exemple des Etats-Unis montre que la technologie permettant de
diminuer la teneur en antigène par l’ajout des amplificateurs d’effet n’est pas indispensable pour accélérer la production. Et puisque les vaccins anti-pandémiques ne contiennent qu’un seul
antigène, leur production ne nécessite de toute façon qu’un tiers de la quantité nécessaire à la production des vaccins conventionnels contre la grippe.
- Le passage des essais cliniques à l’administration systématique est une
phase particulièrement sensible dans l’utilisation des médicaments. Si un médicament [ou vaccin] est implémenté massivement et qu’il a des effets secondaires inattendus, ceux-ci peuvent affecter
un nombre très important de personnes avant qu’on puisse faire marche arrière. Et c’est pourquoi nous estimons que la vaccination immédiate par un vaccin à
peine testé est inquiétante : c’est une expérimentation grandeur nature.
Par conséquent, je ne peux que déconseiller à mes patients de se faire
vacciner avec ce genre de vaccin à adjuvant. Le vaccin oui, mais pas n'importe lequel, celui SANS adjuvant, réservé pour l'instant (comme par hasard) aux femmes enceintes et aux jeunes
enfants.
RAPPORTS BENEFICES-RISQUES NON VERIFIES
- Les vaccins adjuvantés seraient efficaces « non seulement contre la souche virale contenue dans
les vaccins respectifs, mais aussi contre des variantes de cette souche ». Or nous ne disposons d’aucune preuve clinique de ces allégations, et tout porte à croire que les vaccins
n’auraient aucune efficacité face à un virus qui connaîtrait des mutations importantes.
- Le vaccin anti-pandémique contient du thimérosal [thiomersal dans le texte original, NdT]. Ce
conservateur au mercure, actuellement largement interdit dans les vaccins, est censé diminuer les coûts du stockage et de la logistique [12].
- La commande massive ne s’accompagne pas de critères de qualité, ni d’exigences de preuves de sécurité et
d’efficacité des vaccins. Les tests de durée réduite ne suffiront que pour déterminer le taux d’anticorps, qui servira de critère de jugement substitutif. La commande passée par les autorités
n’est malheureusement pas conditionnelle ; elle n’a pas exigé qu’une étude soit faite pour que les aspects relatifs aux bénéfices concrets apportés aux patients puissent être
systématiquement évalués à l’aide de critères de jugement pertinents, portant par exemple sur la fréquence des crises d’asthme, des pneumonies ou des décès chez les vaccinés par rapport aux non
vaccinés. Si cela avait été fait, nous aurions au moins pour les pandémies futures une base scientifique plus solide sur laquelle décider des stratégies de prophylaxie qu’il convient de
mettre en place.
LES AUTORITES SANITAIRES SUIVENT AVEUGLEMENT LES FIRMES PHARMACEUTIQUES
Alors même que des fonds publics ont été alloués aux laboratoires lors
de la grippe aviaire, afin qu’ils « continuent leurs recherches en vue du développement de vaccins anti-pandémiques », le ministère fédéral allemand de la santé et le comité des
ministres de la santé des länder n’ont pas riposté lorsque ces mêmes laboratoires ont fait pression sur eux. Ainsi, GSK a formulé un avertissement resté certes poli, mais pas moins
tranchant : « Compte tenu de la très forte demande mondiale [de vaccins], (…) veuillez confirmer immédiatement vos commandes, sans rétractation possible, conformément aux conditions
prévues par contrat » Ce qui s'est passé en Allemagne a peu de raison de ne pas s'être passé en France, tant les contrats signés entre le ministère de la santé et ces firmes
pharmaceutiques restent pour le moment inaccessibles à l'examen attentif des parlementaires. Malgré l’importance de cette commande passée par les autorités (90 millions de doses !),
les conditions qui l’accompagnent n’ont pas été rendues publiques. Ce qui n’est pas sans poser problème, puisqu’il ne faut pas oublier qu’il peut y avoir des conflits d’intérêts des personnes
chargées de négocier ces conditions, comme dans le cas des contrats fixant les rabais obtenus pour des achats en grande quantité.
Alors, se faire vacciner ou pas ? Oui mais... Pour ma part, il est hors de question de m'injecter le vaccin adjuvanté, ni à moi, ni aux miens...
Dr Max Fleury