Partager l'article ! LA GRIPPE A POUR LES NULS !: Après avoir été de bien des manières le sauveur de l'homme – eu égard par exemple au nombreux coeurs humains ...
Médecin généraliste installé en libéral depuis fin 2003, j'ai été auparavant pendant 15 ans médecin-journaliste, spécialiste en communication médicale et réalisateur de documentaires médicaux pour la télévision. Je garde de cette première activité une grande passion : expliquer simplement la science et rendre accessible pour tous les progrès de la médecine. Au travers de ce site, je souhaite vous aider à comprendre les enjeux de votre propre santé et vous expliquer ce que nous n'avons pas le temps de faire dans le cadre restreint d'une simple consultation. Un patient qui comprend son problème de santé est un patient davantage motivé pour se prendre en charge, adhérer à son traitement et adopter un style de vie plus sain. Bon surf !
Après avoir été de bien des manières le sauveur de l'homme – eu égard par exemple au nombreux coeurs humains sauvés par des prothèses valvulaires d'origine porcine, le cochon sera t'il à l'origine de l'extinction de la race humaine ? C'est presque ce que l'on serait tenté de penser à l'écoute des communiqués alarmistes dont nos oreilles sont rebattues à longueur de journée.
C'est la peste noire qui revient, le virus Ebola n'étant à côté qu'une aimable plaisanterie. A moins qu'il ne s'agisse d'un châtiment d'Allah ou de Yavhé, qui nous avaient bien prévenus de nous tenir éloignés de ces impures bestioles ! La fin du monde vous dis-je... mais pas pour toute le monde. Les fabricants de vaccins, de Tamiflu, de masques de protection ou de gel hydroalcolique se frottent les mains (désinfectées). Jamais leurs chiffres d'affaires n'ont été aussi bons. En attendant l'inventeur génial qui mettra au point une sorte de préservatif géant dont nous pourrions tous nous couvrir de la tête aux pieds pour déambuler dans les rues, les boutiques et les transports en commun, ce qui donnera à nos rue une petite allure à la Découflé ou du Cirque du Soleil et qui aura le mérite de ravir les esprits et d'amuser les enfants ! Imaginez toute une classe ressemblant à une plantation de mini-obélisques redécorés par AIDES ! Car à moins d'une solution aussi radicale, je ne vois pas comment nous pourrions éviter d'être tous contaminés d'une manière ou d'une autre. La fin du monde vous dis-je !
Les masques peuvent être certes une protection efficace, mais vu le nombre de patients qui toussent et éternuent pour une raison toute autre que la gripe pendant la saison hivernale, nos rues, nos écoles et nos magasins vont vite prendre l'allure d'une salle d'opération ou de réanimation. Sans compter que cela peut donner lieu à toutes les exactions possibles. Rajoutez un chapeau et des lunettes noires et vous voilà capable de braquer impunément votre buraliste ou votre boulanger préféré sans crainte d'être reconnu, surtout si à ce moment là vous souffrez en plus d'une extinction de voix ! Que dire aussi des caméras de vidéo-surveillance -pardon, de vidéo-protection- qui truffent désormais nos rues, il y a fort à parier que le nombre d'aides-opératoires et de chirurgiens inculpés pour vol de scooter ou de vol à l'arraché va exploser - « on vous a reconnus, c'était vous ! »- ...ce qui n'arrangera pas la démographie médicale déjà défaillante !
Selon la sémillante Roselyne, notre bien-aimée et omniprésente ministre à la voix rauque, le médecin généraliste serait au coeur du dispositif de lutte contre la grippe A. Ce qui me vaut au moins trente fois par jour la même question de la part de mes patients : « alors Docteur, et la grippe A, vous en pensez quoi ? ». Ce à quoi je réponds chaque jour une trentaine de fois invariablement : « Rien ! ». Car en fait les patients qui ont le temps d'écouter la radio ou de regarder les informations à la télévision, sont mieux informés que moi qui travaille douze heures par jour enfermé dans mon cabinet. Nous sommes soi-disant au coeur du dispositif, mais personne de nous dit rien. Depuis Juillet, j'ai reçu en tout et pour tout deux lettres de la DASS, l'une pour me dire où je pouvais me fournir en masques de protection, l'autre pour m'inciter à ne pas prescrire de Tamiflu de manière inconsidérée. Je résume... Pour le reste, il faut me connecter sur un site adhoc qui ne m'apporte guère plus de renseignements, en dehors du fait qu'il faut que je retire les journaux de ma salle d'attente et que je propose des masques à mes patients tousseurs et éternueurs. Quid de la durée des arrêts de travail que nous allons devoir signer à tour de bras dès l'apparition des premières « gripounettes » saisonnières ? Je crains que l'hiver ne soit long et que l'absentéisme au travail pour maladie -cette fois incité par les employeurs- n'explose. La France tournera au ralenti, un peu comme un mois d'Août prolongé...Cela mettra t'il pour autant du soleil dans notre coeur ? En revanche cela plombera certainement un peu plus le déficit de la Sécurité Sociale.
L'attitude des uns et des autres tourne à l'hystérie paranoïaque. L'autre jour à la radio, une responsable des ressources humaines indiquait que désormais dans sa société, les bises et les poignées de mains étaient désormais interdites. Les défenestrations, pendaisons et auto-mutilations resteraient néanmoins à l'appréciation des employés !
Il y a quelques semaines, un militaire de mes patients se fait mettre en quarantaine pour grippe A par son médecin d'unité. Il vient me consulter aussitôt après et bien entendu il ne présentait aucun symptôme grippal, tout au plus souffrait-il d'une simple rhume saisonnier. Il repartit à son service illico dès la porte de mon cabinet franchie !
La semaine dernière une mère paniquée me téléphone car sa fille de neuf ans avait été renvoyée de l'école avec l'étiquette « Grippe A ». C'est tout juste si on ne l'avait pas affublée d'une clochette à agiter dans les rues d'Orléans pour que les passants changent de trottoir. Bilan de l'enquête, elle ne souffrait que d'une simple virose digestive.
Voilà, je crains un exemple des excès hystériques que nous allons devoir gérer tout au long de la saison froide. Car il faut le savoir, avant d'attribuer formellement la responsabilité d'un syndrome grippal au virus H1N1, il faut pratiquer une sérologie par PCR (une technique d'amplification génique) qui coûte dans les 300 euros et ne se pratique que dans quelques centres en France.
Le mêmes patients qui me réclament à corps et à cris du Tamiflu dès les prémices d'un banal rhume de cerveau, sont souvent les mêmes que je dois convaincre tous les hivers -bien souvent en vain- de se faire vacciner contre la gripe saisonnière, bien plus sévère a priori que ce que nous constatons à ce jour à propos de la grippe H1N1. Car qui a connu un jour dans sa vie les affres d'une vraie grippe s'en souvient à coup sûr : une fièvre de cheval, parfois dépassant les quarante degrés, des courbatures à ne plus pouvoir bouger une jambe ou un bras, des maux de tête dignes des effets d'une torture médiévale, sans compter un toux incessante qui vous fait compter vos alvéoles pulmonaires dans votre mouchoir (en papier, à jeter dans une poubelle fermée s'ouvrant par un mécanisme au pied, cela va sans dire...). Rien à voir donc avec les syndromes para-grippaux dont nous sommes tous victimes chaque hiver : petites céphalées, fièvrounette à 38°5, quelques courbatures dorsales et qui avec un traitement simple s'estompent en deux ou trois jours au plus.
Alors que dire maintenant de ce fameux vaccin dont des millions de doses ont été commandées par les pouvoirs publics et dont on se sait pas si elles seront un jour livrées ? Qui va vacciner ? Comment ? Quelle est la nature du vaccin ? Comment est-il fabriqué ? Présente t'il toutes les garanties d'innocuité (comme le vaccin saisonnier par exemple) ? Personne n'est capable de répondre à ces questions pourtant fondamentales, et chaque jour apporte son lot d'informations contradictoires. Car, il faut le savoir, un vaccin est loin d'être anodin. Il vient stimuler le système immunitaire et peut provoquer des réactions adverses chez des sujets prédisposés. On a tous en mémoire les soupçons qui ont pesé sur les premières moutures du vaccin contre l'hépatite B -jamais confirmés pour intérêts économiques manifestes- et qui ont ensuite été résolus avec le changement de composition et notamment des adjuvants utilisés. Le vaccin (les différents vaccins ?) préparés contre le virus H1N1 présentent-ils toutes les garanties d'inocuité ? Nul ne peut l'affirmer à ce jour. J'ai appris aujourd'hui que l'INSERM prévoyait d'instaurer un suivi des patients vaccinés contre le H1N1 (source France Info et non un communiqué aux médecins qui seront impliqués -réquisitionnés ?- pour vacciner) afin de vérifier la survenue d'effets secondaires... Voilà qui est rassurant ! Il est sûr que si les mesures gouvernentales sont appliquées – vaccination systématique de masse de 30 millions de personnes- les effets adverses du vaccin (préparé dans quelles conditions ? Avec quels adjuvants ? Non testé en laboratoire...) risquent de l'emporter sur les effets de la grippe elle même.
Pour conclure sur une note optimiste, cette campagne pourrait avoir néanmoins un effet éducatif favorable : si l'on arrive à persuader les patients de porter un masque quand ils toussent ou éternuent, de se laver plusieurs fois par jour les mains au savon (nous sommes l'un des pays où l'on se lave le moins les mains), de jeter leurs mouchoirs en papier à la poubelle au lieu de les laisser traîner sur les chaises ou les tables, nous aurons progressé en matière de santé publique. A quelque chose malheur pourrait être bon !
Une autre conclusion, moins conformiste : je suggère que nous nous embrassions tous
affectueusement, ainsi nous mourrons tous de pneumonie, mais heureux !
Longue vie au cochon !
A force en effet de dresser un tableau apocalyptique, c'est à se deamner si les pouvoirs publics prennent les citoyens pour des idiots !
Il faut savoir raison garder et, comme Max, humour gardé !
Mais alors il y a un gros oubli de Max dans sa chronique : il n'est pas bon, mais pas bon du tout, de travailler 12 h dans un cabinet médical !!! Ce n'est pa le H1N1 que risque notre ami médecin, mais une allergie à l'air pur, à la détente, etc., jusqu'à finalement l'incapacité de continuer à nous envoyer ses papiers (par Internet interposé) dont nous avosn besoin, à la fois pour nous informer et nous éviter de sombrer dans la religion de la peur.
Repose-toi, Max, pour qu'on puisse lire très bientôt tes deux livres (qui, comme chacun sait ne peuvent s'écrire que dans le loisir !)
Jean-Claude